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Chronique d'actalité : Les lundi de Kamel Bencheikh 2026-02-02 

2 février 2026

Il se passe quelque chose en Iran. Quelque chose de gigantesque, de tellurique, de presque trop grand pour entrer dans nos bulletins d’information. Des foules immenses descendent dans les rues pour dire non à la théocratie, non au mensonge d’État, non à la police des mœurs, non à la confiscation de la vie. Et ce non claque comme un coup de tonnerre contre les murs d’un régime qui pensait tenir encore des générations par la peur, l’humiliation et la religion instrumentalisée.

Il faut le répéter avec une calme fureur : aucun régime n’est éternel. Aucun mollah, aucun général, aucun guide suprême ne peut museler indéfiniment un peuple. Les dictateurs se prennent pour l’Histoire ; les peuples, eux, sont l’Histoire. Toujours.

Et quand l’Histoire se réveille, elle ne demande pas la permission.

En Iran, les femmes marchent en première ligne. Les hommes suivent, non pas parce qu’ils sont lâches, mais parce qu’ils savent que l’avant-garde est féminine depuis longtemps. Les étudiants, les ouvriers, les retraités, les chauffeurs de taxi… tous avancent ensemble. La peur change de camp. Elle passe des manifestants aux dirigeants. Elle passe des poings nus aux gardes armés. C’est toujours comme ça : la tyrannie se fissure d’abord dans le regard de ceux qui la servent.

Ce mouvement iranien me met en colère — mais c’est une colère noble, une colère lucide. La colère de voir qu’il faut encore se battre pour des évidences : le droit de vivre, de choisir, de se dévoiler ou non, d’aimer, d’étudier, de chanter, d’exister simplement. En 2026, on en est encore là. Et pourtant, le monde regarde, commentant à distance une lutte qui se mène à mains nues.

Je veux le dire ici, clairement, sans détour : mon soutien est total, absolu, sans prudence diplomatique ni posture académique. Je suis du côté des rues qui grondent, du côté des banderoles improvisées, du côté des visages jeunes qui refusent de s’agenouiller. Je suis du côté des peuples, toujours, parce que ce sont eux qui finissent par l’emporter.

Depuis la nuit des temps, les dictatures tombent. Elles tombent au Chili, elles tombent en Roumanie, elles tombent en Tunisie, elles tomberont en Iran. Toujours le même scénario : un jour, un peuple se lève et rappelle que les États ne sont pas des prisons, mais des maisons communes. Et ce jour-là, rien ne peut l’arrêter.

Oui, un peuple finit toujours par se débarrasser du joug qui l’écrase, quelles que soient les latitudes, qu’il fasse moins dix ou quarante degrés, que les slogans soient chuchotés ou hurlés. Le monde peut fermer les yeux, l’Histoire jamais.

Alors, aux manifestants d’Iran, je dis ceci : nous vous regardons, nous vous entendons, et nous savons. Votre combat est juste, votre colère est légitime, et si l’Histoire a un sens, elle finira par vous donner raison.

Et ce jour-là, ce ne sont pas les mollahs qui prieront.

 

Kamel Bencheikh 

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