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Boualem Sansal, la liberté faite homme 

8 juin 2026

Boualem Sansal, la liberté faite homme

Il y a des livres que l'on lit avec son intelligence. Et puis il y a ceux que l'on lit avec son cœur. La Légende de Boualem Sansal appartient à cette seconde catégorie. Parce qu'avant d'être un livre, c'est le retour d'un ami.

Pendant un an, nous avons vécu avec cette inquiétude sourde que connaissent tous ceux qui tiennent à quelqu'un. Derrière les communiqués, les analyses diplomatiques et les déclarations officielles, il y avait une réalité beaucoup plus simple : Boualem était en prison. Un homme libre enfermé pour ses idées. Un écrivain devenu otage d'un pouvoir incapable de supporter la parole indépendante.

Aujourd'hui, il est revenu. Fatigué, éprouvé, profondément marqué. Mais il est revenu avec ce qu'aucune cellule n'a réussi à lui arracher, sa liberté intérieure. C'est cette liberté qui irrigue chaque page de La Légende. Boualem y raconte l'arbitraire, l'absurdité d'une justice aux ordres, la solitude des jours qui se ressemblent, l'humiliation quotidienne. Il raconte aussi les autres détenus, leurs espoirs, leurs blessures, leur dignité parfois bouleversante. Et toujours cette conviction qui ne l'a jamais quitté : on peut emprisonner un homme, jamais une conscience. Ce livre est un témoignage, bien sûr. Mais c'est surtout une leçon de courage.

Depuis plus de vingt-cinq ans, Boualem Sansal paie le prix de sa lucidité. Il a dénoncé l'islamisme quand beaucoup détournaient le regard. Il a critiqué la dérive autoritaire de l'Algérie quand d'autres préféraient le silence. Il l'a fait sans calcul, sans prudence excessive, avec cette honnêteté intellectuelle qui le caractérise depuis toujours. C'est aussi pour cela qu'il est devenu, malgré lui, une figure d'espérance pour tant de gens. Le titre du livre n'a rien d'un hasard. La « Légende », dans la prison, c'était son surnom. Mais une légende n'est pas seulement un homme. C'est ce qui continue à circuler lorsque tout semble perdu. C'est cette petite flamme qui empêche le découragement de gagner. À titre personnel, ce livre me touche particulièrement. J'éprouve une immense fierté d'avoir participé, avec d'autres, à la création du Comité de soutien à Boualem Sansal. Nous étions simplement des femmes et des hommes refusant qu'un écrivain disparaisse dans l'oubli des prisons algériennes. Nous avons porté sa voix parce qu'il n'était pas question qu'elle s'éteigne.

Voir aujourd'hui Boualem libre et lire sous sa plume l'écho de ce combat collectif est une émotion profonde. En refermant La Légende, je n'ai pas pensé aux polémiques ni aux querelles éditoriales. J'ai pensé à mon grand ami. À l'homme debout. À cet écrivain qui revient de l'épreuve sans haine, sans reniement, sans compromis. Et je me suis dit que les dictatures remportent parfois des batailles. Mais elles perdent toujours quelque chose face à des hommes comme Boualem Sansal. Elles perdent l'essentiel, la liberté d'esprit.

Kamel Bencheikh

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