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Québec, la volonté de ne pas disparaitre 

1 septembre 2026

Québec, la volonté de ne pas disparaitre

Il faut aller au Québec chaque année comme je le fais pour l’aimer et pour comprendre qu’une
nation peut défendre sa singularité sans renoncer à l’universel. Dans cet immense espace
nord-américain largement anglophone, les Québécois ont construit quelque chose de rare : une
société francophone qui refuse de disparaître dans la majorité qui l’entoure.
Cette volonté passe évidemment par la langue. Depuis la Charte de la langue française de
1977 jusqu’aux mesures plus récentes, le Québec considère le français non comme un folklore
à protéger, mais comme la condition même de son existence collective. La loi québécoise
affirme d’ailleurs que le français permet au peuple québécois d’exprimer son identité.
Elle passe aussi par une conception particulière de la laïcité. Avec la loi 21, le Québec a voulu
inscrire la neutralité religieuse de l’État dans une conception de la citoyenneté où
l’appartenance commune doit primer sur les appartenances confessionnelles. Cette démarche
est profondément cohérente avec une société qui s’est libérée, en quelques décennies, du
poids considérable de l’Église catholique. Mais derrière la langue et la laïcité se trouve une
question plus profonde : qui décide pour ce peuple ?
C’est là que René Lévesque apparaît comme un extraordinaire mécanicien de la pensée
politique. Il a compris avant beaucoup d’autres que le Québec ne pouvait durablement être à
la fois une nation et une simple minorité dans un État majoritairement anglophone. Son génie
fut de transformer ce constat en projet politique sans tomber dans le romantisme séparatiste.
La souveraineté-association était une idée d’une remarquable intelligence : obtenir la pleine
maîtrise de ses lois, de ses impôts et de ses relations extérieures, tout en maintenant avec le
Canada une association économique étroite. Lévesque ne rêvait pas d’un Québec enfermé
derrière ses frontières. Il imaginait un Québec maître de son destin, mais ouvert sur le monde.
Il avait surtout compris quelque chose d’essentiel : une nation ne demande pas la permission
d’exister. Elle se donne les moyens politiques de faire vivre sa langue, sa culture, ses
institutions et sa vision de la liberté. Son intuition demeure d’une étonnante actualité. Dans un
continent où l’anglais exerce une puissance culturelle et économique immense, le Québec
continue de défendre une idée simple et presque subversive : on peut être ouvert au monde
sans devenir interchangeable.

C’est peut-être cela, au fond, l’héritage le plus précieux de Lévesque : avoir transformé la
peur de disparaître en volonté de durer.

Kamel Bencheikh

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