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JE REVIENDRAI AU QUÉBEC 

7 septembre 2026

JE REVIENDRAI AU QUÉBEC

Il y a des endroits que l’on visite et d’autres qui finissent par vous habiter.
Chaque printemps, Montréal me retrouve comme on retrouve un vieil ami.
Il y a Mandana, Bruno, Denyse, Lucie et tous ceux dont les visages sont devenus des repères
dans cette ville où je me sens étrangement chez moi. Il y aura Richard, Fatima et d’autres
encore.
Je retrouve leurs voix, leurs rires, leurs tables ouvertes, leurs conversations qui s’attardent. Je
retrouve Montréal avec ses trottoirs encore humides de l’hiver, ses érables qui recommencent
à verdir, ses rues du Plateau, ses cafés, les discussions à l’atelier-librairie le Livre Voyageur,
ses longues promenades au parc La Fontaine ou sur les pentes du mont Royal.
Et je retrouve cette langue française qui, ici, prend un accent d’Amérique sans perdre son
âme. Puis viennent les conférences, dans les salles de Montréal et ailleurs, les rencontres avec
des lecteurs, les échanges parfois passionnés sur la liberté, la laïcité, la littérature, la
démocratie et le destin des peuples. Je parle, j’écoute, je débats. Et entre deux conversations,
il y a toujours le plaisir coupable mais magnifique d’une viande fumée dont je ne manque
jamais l’appel.
C’est aussi cela, le Québec que j’aime. Un pays en devenir que l’on comprend mieux autour
d’une table que dans les discours. Car derrière la question de la souveraineté, il y a quelque
chose de beaucoup plus profond : la volonté d’un peuple de continuer à écrire son histoire
avec ses propres mots.
Le Québec est une petite lumière française au milieu d’un continent immense. Il n’a pas
choisi sa géographie. Mais il peut choisir son destin. Je souhaite qu’il demeure francophone.
Je souhaite qu’il soit profondément laïque. Je souhaite que l’État québécois ne cède jamais
devant ceux qui voudraient faire de la religion une puissance politique et de l’espace public un
territoire de conquête identitaire. La liberté de conscience mérite mieux que les
accommodements sans fin. La laïcité mérite mieux que les excuses.
Et je souhaite voir le Parti québécois l’emporter lors des prochaines élections, parce que
j’aimerais voir revenir au cœur de la vie québécoise cette vieille idée, immense et simple à la

fois : celle d’un Québec qui pourrait enfin devenir pleinement souverain. Pas un Québec
refermé sur lui-même.
Un Québec debout.
Un Québec qui continuerait de parler au monde, mais depuis sa propre maison.
Un Québec qui ne regarderait plus sa différence comme une faiblesse, mais comme une
richesse. Un Québec qui saurait qu’une langue peut être fragile sans être condamnée, qu’une
culture peut être minoritaire sans être mineure, qu’un peuple peut être petit par le nombre et
grand par la volonté.
Alors oui, je reviendrai. Je reviendrai au printemps prochain à Montréal, retrouver mes amis,
mes rues familières, mes promenades et cette lumière que je ne confonds avec aucune autre.
Et je reviendrai aussi dans un Québec où j’espère voir le Parti québécois travailler avec
détermination à la souveraineté à venir, préparer patiemment cette possibilité d’un pays qui ne
serait plus une promesse suspendue dans le temps, mais un horizon politique assumé.
Cette fois, je serai accompagné de deux amis qui me sont chers, Boualem Sansal et Xavier
Driencourt. Nous viendrons présenter nos livres, parler de littérature, de liberté, de nos pays,
de leurs blessures et de leurs espérances.
Nous viendrons surtout retrouver nos amis québécois et rencontrer un public avec lequel nous
aurons, j’en suis certain, un immense plaisir à échanger. Il y aura des livres. Il y aura des
paroles. Il y aura peut-être des désaccords, car les conversations qui comptent ne sont jamais
celles où tout le monde pense pareil. Et il y aura cette chose précieuse que j’aime tant au
Québec : la possibilité de parler librement, sans que la passion de l’identité interdise
l’universalité.
Je reviendrai donc avec mes deux amis, mes livres et quelques convictions intactes. Et peut-
être qu’en marchant un soir sur le Plateau, en regardant Montréal s’allumer sous le ciel du
printemps, je penserai à cette phrase que je porte depuis longtemps : les peuples qui ont
encore le courage de rêver leur liberté finissent parfois par la transformer en réalité. Et si le
Québec devenait enfin ce pays, je serais heureux de pouvoir dire que, bien avant son
indépendance, j’avais déjà une place dans son cœur.

Kamel Bencheikh

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