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ELLE ET LE QUÉBEC, DEUX AMOURS AU BOUT DE LA DISTANCE 

2 novembre 2026

ELLE ET LE QUÉBEC, DEUX AMOURS AU BOUT DE LA DISTANCE

Il existe des amours que la distance n’affaiblit pas. Elle leur donne une autre respiration, une
patience nouvelle, cette intensité particulière des retrouvailles que l’on attend comme on
attend le printemps après un long hiver.
Je pense à une femme, dans une autre ville, qui s’approche doucement du terme de sa
convalescence. Et puis il y a le Québec, cette terre francophone de l’autre côté de l’océan, que
je retrouve une fois l’an, mais qui rallume chaque fois la même flamme. Deux présences hors
de ma vue, deux fidélités qui vivent au rythme de l’absence et de l’espérance.
L’une retrouve peu à peu la promesse des jours heureux. L’autre semble avoir retrouvé, au
lendemain des dernières élections, un chemin, un souffle, peut-être même une part de sa
fierté. La femme guérit, le Québec se redresse. Et dans ces deux renaissances se dessine une
même poésie, celle des êtres et des peuples qui refusent de renoncer à leur lumière.
Car le Québec est bien davantage qu’une province au bout de l’Amérique. Il est une langue
française qui tient debout, une laïcité qui cherche à protéger la liberté de conscience, une
dignité collective qui refuse l’effacement. Il est cette volonté de demeurer lui-même dans un
monde qui pousse si souvent à l’uniformité.
Et puis il y a cette femme, dont chaque sourire à venir dépose une lumière durable dans les
jours. L’amour connaît parfois la géographie, les attentes, les silences imposés par la vie. Il
apprend alors à habiter l’absence sans jamais lui céder le cœur.
Le Québec et elle ― deux horizons que l’océan pour l’un et les plaines pour l’autre séparent,
deux raisons pourtant de croire aux retrouvailles et aux rencontres. L’un attend son avenir,
l’autre retrouve sa force. Et celui qui les aime porte en lui cette certitude bouleversante :
certaines présences n’ont pas besoin d’être quotidiennes pour devenir essentielles.
Il est des terres que l’on retrouve comme on retrouve un regard. Des femmes qui deviennent
des pays intérieurs. Des peuples dont la liberté nous émeut comme une déclaration d’amour.
Et parfois, sans que l’on sache vraiment pourquoi, le même cœur bat pour les deux.
Parce que l’amour, lorsqu’il est véritable, ne mesure jamais la distance. Il mesure la lumière
qu’il laisse en nous.

Kamel Bencheikh

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