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Condamner un écrivain, trahir une nation 

27 avril 2026

Condamner un écrivain, trahir une nation

Il y a des nouvelles qui ne laissent aucune place à la nuance. La condamnation de Kamel Daoud à trois ans de prison appartient à celles-là. Elle choque, elle indigne, mais surtout, elle oblige à parler — et à parler fort.

Car derrière l’écrivain reconnu, derrière le lauréat du Prix Goncourt pour Houris, il y a un homme. Un homme libre, que j’ai le privilège de connaître, d’estimer, et d’appeler mon ami. Et c’est aussi cela que ce verdict tente d’effacer : la part humaine, la voix singulière, le courage intime.

L’Algérie officielle ne condamne pas seulement un auteur ; elle s’en prend à ce qu’il incarne. Une parole affranchie, une lucidité parfois dérangeante, une fidélité obstinée à la vérité telle qu’il la perçoit. Dans un pays où l’histoire reste un champ de tensions et de silences, écrire devient un acte d’exposition. Et aujourd’hui, cet acte est puni.

Depuis le Canada, terre attachée à la liberté d’expression et au pluralisme, cette décision résonne avec une gravité particulière. Elle rappelle que ces libertés, que l’on croit parfois acquises, restent fragiles ailleurs — et qu’elles exigent d’être défendues partout.

Mais au-delà de l’indignation légitime, il y a une responsabilité, celle de ne pas détourner le regard. Car ce qui arrive à Kamel Daoud pourrait arriver à beaucoup d’autres. Et ce silence, s’il s’installe, devient un précédent.

Je refuse ce silence. Parce que l’amitié engage. Parce qu’elle oblige à ne pas céder à la prudence quand l’injustice frappe. Et parce qu’au fond, défendre Kamel Daoud, ce n’est pas seulement défendre un écrivain. C’est refuser qu’un pays se renie en emprisonnant l’une de ses consciences.

Un écrivain ne devrait jamais être seul face à une cellule.

Kamel Bencheikh

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