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Le français, cette maison ouverte 

29 juillet 2026

Il existe des langues que l’on habite comme une maison d’enfance. On en connaît les odeurs, les silences, les fenêtres par lesquelles entre la lumière. Le français est pour moi de celles-là. 

Je ne l’ai pas reçu seulement comme un héritage, je l’ai choisi comme une terre intérieure. C’est pourquoi le Québec me touche profondément. 
Cette petite nation francophone au cœur d’un continent immense a mené un combat singulier : préserver une langue minoritaire sans renoncer à l’ouverture au monde. 
Ce défi n’est pas seulement québécois. Il est celui de toutes les cultures qui refusent de disparaître dans le grand bruit de l’uniformisation. Mais une langue ne survit jamais en dressant des murs. Elle survit parce qu’elle accueille. 
Le français n’appartient ni à une origine, ni à un territoire, ni à une mémoire unique. Il a voyagé avec des écrivains africains, caribéens, maghrébins, européens, québécois. Il s’est enrichi des accents de celles et ceux qui l’ont adopté. 
Une langue vivante est une rivière, pas un monument figé. Le Québec a raison de défendre le français. Toute communauté humaine a besoin d’un socle commun pour construire un destin partagé. Une société sans langue commune risque de devenir une addition de solitudes. Mais protéger une langue ne signifie jamais demander aux autres de renoncer à leur histoire. Le français gagne lorsqu’il devient une promesse d’émancipation. C’est là que l’universalisme rejoint la question québécoise. L’universalisme n’est pas l’effacement des différences. Il est la conviction qu’au-delà de nos appartenances premières, nous pouvons nous retrouver dans un espace commun.
La langue française peut être cet espace. Je pense souvent à ces hommes et ces femmes venus d’ailleurs qui arrivent au Québec et découvrent dans le français une nouvelle possibilité d’exister. Ils ne déposent pas leur passé à la frontière. Ils ajoutent une voix à une histoire déjà commencée. 
Le grand danger qui menace les langues n’est pas seulement la domination d’une langue plus puissante. C’est aussi la tentation de transformer une culture en forteresse. Une civilisation qui cesse de partager finit par s’appauvrir. 
Le Québec a quelque chose de précieux à offrir au monde : la preuve qu’une culture minoritaire peut être fière d’elle-même sans devenir prisonnière d’elle-même.
Le français est une maison. Mais une maison n’a de sens que lorsqu’elle ouvre sa porte. Et peut-être est-ce là la plus belle mission du Québec : faire vivre une langue qui ne demande pas aux autres de devenir Québécois, mais qui leur propose simplement de devenir, avec elle, des citoyens d’un même horizon.
 
Kamel Bencheikh
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